Zoom sur: les influenceurs

15/05/2017
  • Magazine

Grâce à leurs abonnés, les influenceurs des médias sociaux ont un impact sur le contenu que nous consultons, et même sur ce que nous achetons.

L’époque où, pour avoir de l’influence, il fallait avoir une chronique dans un journal, jouer un rôle politique ou passer à la télévision est révolue. Maintenant, il suffit d’avoir un téléphone portable dans la poche et un compte Instagram pour être influent, sans aucune aide. La technologie a démo­cratisé le pouvoir et a donné naissance aux influenceurs des réseaux sociaux qui, chaque fois qu’ils publient un message, ébranlent le monde des affaires, de la publicité et de la culture, entre autres.

Un influenceur des médias sociaux se sert d’une plate­forme en ligne comme un blogue, une chaîne YouTube ou l’une ou l’autre des très nombreuses applications de partage de la vie quotidienne, de Facebook à Twitter en passant par Snapchat, pour se constituer un public et se connecter à lui.

Mitch Joel, auteur et président de l’agence de marketing numérique mondiale Mirum, explique que c’est l’avènement des blogues et des outils de création de sites Web au début des années 2000 qui a donné naissance à cette nouvelle race d’influenceurs. «Quand j’étais journaliste, dit­-il, si je voulais écrire un article sur un sujet quelconque, je devais avoir l’autorisation de responsables, le rédacteur en chef et le directeur du journal par exemple, pour pouvoir accéder au public. Et voilà que, soudain, les blogues et les réseaux sociaux permettent de les contourner.»

La technologie permet à toute personne qui a une histoire à raconter ou quelque chose à partager de diffuser ou de publier dans le monde entier, instantanément et pour ainsi dire gratuitement. Les organisations et les entreprises en ont pris note et, de plus en plus, tirent parti du pouvoir de marketing de ces nouveaux influenceurs. Linkedin, le site renommé de réseautage professionnel, a récemment lancé Linkedin Influencers, une liste sélective d’ex­perts aux nombreux abonnés dans des domaines comme les finances, la technologie, le marketing, le leadership et les médias. Ces personnes publient leurs réflexions sur divers sujets, ce qui aide Linkedin à diffuser du contenu informatif auprès de ses membres de façon convaincante, tout en dynamisant le site et en augmentant sa notoriété et sa portée.

Influence locale

Et parmi ces nouveaux influenceurs, plusieurs ont fait leurs débuts à Montréal. «Il y en a dans différents secteurs et différents créneaux, de la technologie aux arts en passant par les sciences, la musique et le commerce de détail, et leur éclosion a été un spectacle absolument fascinant», fait remarquer Mitch Joel, en parlant de la situation à Montréal. Les entreprises se tournent de plus en plus vers les influenceurs des médias sociaux pour faire connaître leurs produits, et certains influenceurs montréalais ont réussi à transformer en travail à temps plein ce qui était auparavant une activité secondaire ou un passe-temps.

Parmi ces influenceurs locaux, il y a Ève Martel, dont le blogue de style de vie, Tellement Swell, compte 50 000 visiteurs mensuels et dont les deux chaînes YouTube ont 6000 abonnés. Elle a quitté la direction d’une agence de publicité quand elle a découvert qu’elle pouvait gagner sa vie en parlant de sa vision de l’alimentation, de la mode, des restaurants, des voyages et de sa vie en général.

«C’est quand les gens ont commencé à me proposer de l’argent pour parler de certaines choses, à m’inviter à des lancements et à m’offrir d’être membre du jury pour des concours de cuisine que j’ai compris que j’avais effectivement une influence, que je faisais partie d’un nouveau média», explique  Ève Martel. Pour qu’elle accepte l’argent, il faut qu’elle aime vraiment le produit ou la marque. De plus, elle précise toujours quand elle a été rémunérée pour parler de quelque chose et limite le nombre d’interventions rémunérées à 10 par mois. «Il faut préserver sa sincérité, pour que les gens puissent avoir vraiment confiance en vous», recommande Ève, en soulignant qu’elle refuse souvent de collaborer avec des marques auxquelles elle ne croit pas.

Carrie MacPherson fait elle aussi partie des influenceurs montréalais. Son blogue de style de vie, Eatdrinkbecarrie, vise les Montréalaises. En plus de faire du travail sur les médias sociaux pour le détaillant de mode Holt Renfrew, Carrie est ambassadrice de la marque de café Nespresso. «Ils m’ont proposé un partenariat, explique-t-elle à propos de l’accord avec Nespresso. C’est tout naturel: j’utilisais déjà le produit et j’en suis vraiment fan. Donc, je n’ai aucun mal à en parler.»

Le business de l’influence

Alors que les influenceurs comme Ève et Carrie constituent un canal de plus en plus attrayant et lucratif pour les marques qui veulent atteindre leur public cible, une agence montréalaise de talents et de mannequins contribue à jeter des ponts entre influenceurs et entreprises, et à favoriser leur collaboration. Duceldo Management a récemment ajouté des influenceurs à son répertoire et observe que le nombre de clients qui veulent travailler avec eux augmente rapidement.

«Les marques ont compris que quelqu’un qui a beaucoup d’abonnés constitue une valeur ajoutée pour les ventes et les relations publiques, déclare Milad Sahafzadeh, président de Dulcedo. Elles sont prêtes à dépenser un peu plus d’argent pour qu’un influenceur devienne le visage de leur marque, plutôt qu’à consacrer cet argent à des publicités ou à la radio.»

Dulcedo aide les influenceurs à gérer leur carrière en leur ouvrant des perspectives et en les aidant à construire leur propre marque. L’agence représente le Montréalais Mark Fitt qui, avec 5 millions d’abonnés sur Facebook, est considéré comme l’une des principales icônes de la santé et de l’entraînement physique dans le monde. Il a réussi à mettre son influence à profit pour se faire commanditer par la marque canadienne Rise. «En réalité, comme dans n’importe quelle autre  profession, si on ne construit pas sa marque, elle ne durera pas», déclare Milad Sahafzadeh au sujet de la possibilité pour un influenceur de rester pertinent. Nous n’en sommes qu’aux premiers jours de cette nouvelle forme d’influence, et elle est encore en constante évolution. Les plateformes en ligne pourraient se démoder très rapidement, par exemple à l’arrivée de nouvelles technologies, et les influenceurs doivent donc s’adapter en permanence pour conserver leurs abonnés et en attirer de nouveaux. Mais ce qui est sûr, c’est que ces influenceurs du monde virtuel influeront de plus en plus sur notre vie réelle.

TEXTE: DAVE LANK

 

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