Valérie Plante: derrière le sourire

15/02/2018
  • Magazine

Première mairesse de Montréal et mairesse de l’arrondissement Ville-Marie, Valérie Plante prend son rôle en main, et la ville au sérieux.

Il est 14 h 30. En fin de matinée, Valérie Plante a reçu le premier ministre du Québec. Malgré tout, elle arrive pile à l’heure au rendez-vous, chaleureuse, en forme. La tempête du budget est passée, mais cela n’a pas décoiffé la première mairesse de l’histoire de Montréal. Solide, elle lance d’emblée qu’elle apprécie le rythme imposé par son nouvel emploi. Valérie Plante serait-elle la nouvelle dame de béton? Ne tenant pas à cultiver une image de perfection, elle admet d’emblée qu’elle a un caractère impatient. «Mes enfants vous le diraient, lance-t-elle. En plus, je viens du milieu communautaire, où l’on doit souvent trouver des solutions sans attendre, alors c’est tout un défi pour moi d’être à la tête de ce gros navire. Il faut ramer beaucoup, et longtemps, dans la même direction!»

Les femmes et le pouvoir
Après les photos, c’est l’heure du tête-à-tête dans son bureau. Elle retire prestement ses escarpins, les lançant au hasard sur la moquette, et s’installe les jambes de côté sur une causeuse, une position aussi décontractée que non conventionnelle pour un politicien. Comment définirait-elle sa façon de diriger? «Rassembleuse, qui cherche à susciter l’adhésion; je ne suis pas du genre à mettre mon poing sur la table et à dire “c’est moi qui ai raison”. Je crois à une vision et à des objectifs communs, au travail d’équipe.» Voilà des comportements et des qualités qu’on associe traditionnellement à la féminité… Son visage se voile un peu. «On pourrait dire cela. Mais, en même temps, on n’a pas tant d’exemples de femmes dans les hautes sphères de pouvoir, donc je n’ose pas l’affirmer, dit-elle. On verra à l’usage, mais je pense qu’il va y avoir autant de styles de leadership que de femmes au pouvoir.» Et pour vraiment le savoir, il faudra «élire plein de femmes à la tête de pays, de provinces et de villes», assène-t-elle avant d’éclater de rire.

Concilier le social et l’économie
Valérie Plante a remporté toutes ses batailles électorales, et le fait qu’elle connaisse l’importance de bien s’entourer n’y est probablement pas étranger. Parmi ses mentors et inspirations politiques, elle ne cite que des femmes: Anne Hidalgo, pour son audace, Louise Harel, qu’elle a battue aux élections de 2013, mais qui a néanmoins accepté de la conseiller, Isabelle Hudon, nouvelle ambassadrice du Canada à Paris, et Monique Leroux, ex-présidente du Mouvement Desjardins. Toutes sont des pionnières, des «briseuses de plafond de verre», comme elle. Sa nouvelle attachée de presse, Geneviève Jutras, provient d’ailleurs de «l’écurie» Hudon, avec qui elle a travaillé à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, puis à la Financière Sunlife.

"Je crois à une vision et à des objectifs communs, au travail d'équipe."

Une autre influence déterminante chez elle est son expérience du milieu communautaire. La mairesse, qui s’apprête à dévoiler son plan de lutte contre l’itinérance, s’intéresse d’abord à l’aspect social. Valérie Plante fait le pari qu’il s’agit là d’un moteur de création de richesse pour Montréal. Elle fait remarquer que Montréal se démarque par sa mixité sociale, économique et culturelle, en partie parce que les logements y sont relativement abordables. «À Toronto ou Vancouver, seules certaines catégories de personnes peuvent se loger dans le centre-ville ou à proximité, rappelle-t-elle. Des gens de différentes classes économiques, de différentes origines socioculturelles dans la même ville, le même arrondissement, c’est une grande force. En plus, l’unicité des quartiers, chacun possédant une identité forte, génère beaucoup d’attractivité pour Montréal, lui confère cette fameuse joie de vivre, ce “petit je-ne-sais-quoi”.»

Les moyens de ses ambitions
La plateforme électorale de Projet Montréal était ambitieuse, et la nouvelle mairesse admet d’emblée qu’entre la vision et le réel, il y a un monde. «On ne se le cachera pas, le cadre financier est limitatif, regrette-t-elle. Il y a plein de choses qu’on aimerait mettre en place, mais pour y arriver il faut travailler avec les autres paliers de gouvernement.» Elle réfléchit à voix haute: «C’est surtout du côté du transport collectif durable qu’on se trouve plus limités, et on doit nécessairement faire affaire avec Ottawa. Mais je me dis que c’est mon rôle comme gouvernement de proximité de rallier les autres paliers! Jusqu’à présent, les astres sont somme toute bien alignés, parce qu’on partage une vision très similaire.» Et selon elle, tout le monde désormais comprend la nécessité de ces demandes d’infrastructures: «Si on veut être ancrés dans le XXIe siècle et tournés vers l’avenir, n’entretenir que le réseau routier n’a aucun sens. Le statu quo ne tient plus», estime-t-elle.

Et le commerce local?
Un comité de travail avait recommandé en 2016 que les taxes pour les immeubles commerciaux soient moins augmentées que celles du secteur résidentiel. Or cela n’a pas été retenu dans le premier budget de l’administration Plante-Dorais, qui a déclaré devoir composer avec un trou de 358 millions de dollars dans les finances. «La réalité, c’est qu’à peu près 70 % des ressources financières de la Ville de Montréal proviennent de la taxe foncière, résume la mairesse. On s’est engagés à réfléchir à court terme à la façon de diversifier les sources de revenus. Il faut voir ça avec Québec, et ce ne sont pas des discussions faciles.»

En attendant, elle rappelle qu’un fonds de 30 millions de dollars, dégagé au budget grâce à l’Entente pour une reconnaissance du statut particulier de Montréal, sera notamment voué à soutenir les commerçants touchés par les travaux d’infrastructures. «On sait que la taxe leur fait mal, dit-elle, que dans certains quartiers, le coût des loyers est très élevé, et que ce n’est pas bon pour la diversité des commerces.»

Mais elle se dit «fière et heureuse d’investir des millions dans le réaménagement de l’artère commerciale Sainte-Catherine». Or — et comme partout ailleurs — la réalité de l’achat en ligne frappe de plein fouet les commerçants locaux. À ce sujet, la nouvelle mairesse dit avoir écrit au premier ministre du Canada, Justin Trudeau, pour lui faire part de ses préoccupations quant au problème de l’iniquité fiscale pour les commerçants ayant pignon sur rue. «Il faut absolument que le gouvernement se positionne là-dessus et trouve des solutions, martèle-t-elle. J’ai beau avoir la plus belle rue commerciale au monde, il y a des choses sur lesquelles je n’ai pas prise.»

Après quelques mois d’investiture, commence-t-elle à prendre conscience de la difficulté de son rôle? «On est en première ligne. On voit les impacts positifs ou négatifs de ce qui se passe au niveau provincial ou fédéral. Je fais avec, et j’apprends.»

 

Texte: Marilyse Hamelin. Photo: Jocelyn Michel

PARTAGER

Dans la même catégorie