PARLONS DE LA VILLE!

03/06/2016
  • Magazine

André Poulin, directeur général de Destination centre-ville, a rencontré il y a quelques semaines Martin Coiteux, nouveau ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, ministre de la Sécurité publique et ministre responsable de la région de Montréal. Compte rendu.

Vous êtes relativement nouveau dans vos fonctions. Avez-vous eu le temps d’élaborer votre vision pour Montréal? 

Vous êtes relativement nouveau dans vos fonctions. Avez-vous eu le temps d’élaborer votre vision pour Montréal? 

En politique, il ne faut pas prendre trop de temps! J’ai été nommé dans mes nouvelles fonctions le 28 janvier et je suis souvent à Montréal. Je travaille étroitement avec les respon­sables des différents projets que nous soutenons, que ce soit dans les festivals, le domaine du tourisme, les initiatives économiques, dans le soutien aux grappes et à la culture de façon générale. D’abord, nous avons l’intention de reconnaître la situation particulière de Montréal comme métropole du Québec. Montréal est en concurrence avec d’autres grandes métropoles en Amérique du Nord et dans le monde. Et pour se développer, elle a des atouts incroyables, mais il faut lui donner plus d’air et de flexibilité. Il y a tellement de directives qui viennent de Québec qu’elle applique un cahier de charges au lieu d’exercer ses compétences! Il faut donner à Montréal les moyens de ses ambitions et cela sous-entend un projet de loi. Ça va être fondamental.

 

Vous savez qu’il y a beaucoup d’attentes face à cette loi-là. Quel est le calendrier la concernant?

J’ai toujours dit que 2016 serait une grande année pour les municipalités, et elle sera très importante pour Montréal. Nous travaillons avec l’horizon de cette année 2016.

 

Concernant le redressement budgétaire, vous avez parlé d’envisager des dépenses mieux ciblées. Quels seront les bénéfices pour Montréal dans ces nouvelles façons d’investir?

Clairement, nous avons souligné qu’une fois l’équilibre budgétaire atteint, les secteurs de l’éducation, du savoir et de l’innovation seraient prioritaires. Je reviens toujours à ça: Montréal, c’est la créativité et le savoir, et ce qui combine les deux: l’innovation.

 

Parlant du rayonnement du savoir, cela m’amène aux étudiants étrangers. On désire que les étudiants étrangers restent au Québec; qu’en est-il des ordres professionnels? Que pouvons-nous faire de mieux pour permettre aux émigrants qui sont professionnels dans leur pays de continuer à exercer leur métier ici?

Vous avez tout à fait raison, les étudiants étrangers dans une ville de savoir comme Montréal sont extrêmement importants. Mais il faut les retenir, qu’ils puissent contribuer à l’essor de Montréal et du Québec. Actuellement, l’un des projets prioritaires du gouvernement est de revoir nos façons de faire en matière d’immigration, de travailler avec les meilleures pratiques qui viennent de pays innovants en matière d’immigration économique, et de garder les talents. Nous voulons nous montrer insistants auprès des ordres professionnels pour qu’ils modernisent leurs pratiques et qu’ils s’adaptent au contexte actuel. Les ordres professionnels existent pour protéger le public; nous en avons besoin. Il faut ouvrir les portes.

 

J’aimerais parler du plan d’aménagement du territoire. On est toujours en train de développer la banlieue, de favoriser l’étalement urbain… Comment ce plan peut-il changer la donne pour les villes et centres-villes?

Je pense qu’à partir du moment où on a l’intention de donner davantage d’autonomie et de responsabilité, on donne des outils. Je ne peux pas trop en parler, car ce sont des thèmes sur lesquels nous travaillons à l’heure actuelle. Mais le souci est de faire en sorte que la ville et l’agglomération se développent dans le meilleur intérêt de ses citoyens, d’avoir une communauté métropolitaine au bénéfice de tous. Et cela s’exerce aussi dans la nouvelle gouvernance des transports. Nous avons un nouveau projet de loi qui vise à faire en sorte que l’offre du transport en commun soit davantage intégrée sur l’ensemble du territoire de la communauté métropolitaine.

 

... et sans que cela favorise trop l’étalement urbain!

Oui, effectivement.  Les grandes orientations gouvernementales favorisent une certaine densification. Ne serait-ce que parce que nous avons des objectifs ambitieux de réduction de gaz à effets de serre; en cela, nous serions les derniers à faire la promotion de l’étalement urbain. Il faut que nos politiques soient cohérentes à Montréal, puisque c’est là que se concentre la majorité de la population.

 

On voit ailleurs dans le monde que des législations permettent de gérer autrement le commerce, notamment par la mixité commerciale dans certains quartiers. Ici, il n’y a aucune législation par rapport à ça et plusieurs avenues commerciales éprouvent de la difficulté. Est-ce dans les intentions du gouvernement de changer ce qui régit le commerce ici?

Jusqu’à aujourd’hui, il y a une vision paternaliste des choses: Québec décide et les villes appliquent. Ce n’est pas ce modèle que nous voulons mettre de l’avant. Les gouvernements municipaux sont des gouvernements à part entière, de proximité, qui ont des décisions et des responsabilités à prendre, et qui sont redevables à leurs citoyens. Nous allons vers un modèle beaucoup plus décentralisé. Nous sommes donc dans l’exercice de revoir nos approches, et ce sera vrai pour la question des sociétés de développement commercial. Et je ne le fais pas avec fermeture d’esprit, au contraire.

À Toronto, il y a plus de 80 sociétés de déve­loppement commercial (SDC, ou BIA, Business Improvement Areas), 300 en Ontario. Au Québec, nous avions une bonne lancée, mais cela s’est mis à ralentir depuis une quinzaine d’années. Moins à Montréal, puisque le maire Coderre a adopté le plan commerce, qui reconnaît l’avantage des SDC. En tant que ministre des Affaires municipales, voyez-vous un moyen de relancer les SDC dans l’ensemble des villes du Québec? Peut-on compter sur l’appui du ministère?

Nous avons en préparation trois projets de loi qui vont mener à une mise à jour des relations entre les municipalités et le gouvernement du Québec: consacrer le statut de métropole de Montréal, consacrer le statut de capitale nationale de Québec, et celle, plus générale, sur la relation entre Québec et les municipalités. Il est clair que nous allons revoir certains articles de certaines lois, comme celle des cités et des villes, qui traitent spécifiquement des SDC.

 

Parlons des infrastructures. Quels sont les développements de ce dossier?

Un des problèmes de Montréal est de faire beaucoup de travaux pour maintenir et réparer des infrastructures existantes. Il faut réussir à aller au-delà, car il y a des infrastructures à développer. Les investissements que nous allons faire à Montréal au cours des prochaines années vont être en transport collectif. Et l’impact des projets de la Caisse de dépôt et placement sur la mobilité sur Montréal sera majeur; dont celui sur le système de transport de type SLR, qui va probablement révolutionner la mobilité à Montréal.

 

C’était en effet rassurant de voir cette délégation de responsabilités à la Caisse de dépôt…

... et quand on parle de créativité, on voit qu’elle s’exerce aussi dans notre manière de financer les infrastructures. C’est un bel exemple. Le premier ministre me racontait récemment qu’en déplacement à Washington, on lui avait posé plein de questions sur ce modèle-là! Cette approche a le potentiel de faire de grandes choses chez nous et pourrait servir de source d’inspiration pour d’autres.

 

Le gouvernement fédéral annonce qu’il va aussi investir dans les infrastructures!

La conjoncture est positive sur Montréal, et il faut savoir en profiter. Un statut de métropole, le 375e qui s’en vient, et en même temps le 150e anniversaire de la Fédération canadienne: c’est l’occasion de célébrer la créativité de Montréal et de rehausser notre fierté collective. Cela amène la confiance en l’avenir, et donc à l’envie d’investir et d’entreprendre.

 

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