Liza Frulla, ambassadrice culturelle de la Métropole

11/05/2017
  • Magazine

La nouvelle présidente de Culture Montréal veut faire rayonner la métropole du Québec. Sur son radar, on retrouve les arts et les lettres, mais aussi le patrimoine, le design, la mode et même la gastronomie. Entretien avec une passionnée.

La directrice des communications de Culture Montréal, Marie-Claude Lépine, raconte que l’équipe au complet a bondi de joie l’automne dernier en apprenant la candidature de l’ex-ministre de la Culture du Québec, puis du Patrimoine, à Ottawa. Et pour cause, l’organisme venait de dénicher toute une ambassadrice.

Liza Frulla est l’auteure de la première (et unique) politique culturelle intégrée du Québec à ce jour... adoptée en 1992. Un quart de siècle plus tard, elle plaide en faveur d’un réinvestissement public dans le secteur et n’hésite pas à tracer un lien direct entre culture et croissance  économique.

Montréal se classe à son avis parmi les métropoles culturelles du monde, au même titre que Boston ou Barcelone, et son attractivité profite aux régions du Québec.

«C’est simple, aucun décideur en 2017 ne peut douter des bienfaits sociaux et économiques générés par la culture, tranche-t-elle. L’offre culturelle rend une ville attrayante pour les investisseurs. On n’attire pas les mouches avec du vinaigre! Le rapport investissement-bénéfice est facilement multiplié par 10.» La nouvelle présidente de Culture Montréal, qui est aussi directrice générale de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ), estime qu’une politique culturelle digne de ce nom doit englober les arts (de la scène, numériques...), le patrimoine, le design, la mode et, bien sûr, la gastronomie.

«Une fois regroupés, cela représente 3,3 % du PIB du Québec, c’est majeur», indique-t-elle.

L’union fait la force

Rassembleuse, Liza Frulla se réjouit de la «période effervescente» que génère l’actuelle mise à jour des politiques culturelles à Québec, à Ottawa et à Montréal. «C’est formidable, car ça permet au milieu de se concerter et d’adopter une vision commune pour contribuer à leur élaboration, se réjouit-elle. Pour nous, c’est la seule façon d’y arriver. Tout le monde se bat pour avoir sa part de la tarte budgétaire, alors la culture doit parler haut et fort.»

La présidente de Culture Montréal tient par ailleurs des propos élogieux sur son ancien collègue au cabinet fédéral et actuel maire de Montréal, Denis Coderre. «On a la chance d’avoir un maire décisionnel, déterminé, à l’écoute des besoins, estime- t-elle. Il avait promis 500 000 $ par année au Conseil des arts de Montréal (elle siège à son conseil d’administration) et il l’a fait.»

Fine politicienne, elle a également de bons mots pour les maires d’arrondissements: «Pour en connaître plusieurs, ils sont très proactifs.» On pourrait ainsi résumer la vision de Liza Frulla à la tête de Culture Montréal: positive, basée sur le partenariat et la concertation.

Culture pour tous!

Au-delà du fait qu’elle a une incidence économique, la culture, telle que l’ex-ministre la conçoit, est un bienfait social, contribuant au vivre-ensemble. «S’il y a un domaine qui peut aider à briser la méfiance et à jeter des ponts entre les individus, c’est bien la culture, dit-elle. C’est pour ça que le soutien des décideurs est impératif: la culture est un outil de cohésion sociale. Montréal, c’est la poésie, les arts de la scène, la musique, la gastronomie, mais c’est aussi les communautés culturelles. C’est tout ça qui fait qu’on est si riches.»

Et c’est cette même diversité culturelle ambiante qui inspire une institution comme  l’ITHQ,  qui  soufflera  ses 50 bougies l’an prochain. L’anniversaire sera d’ailleurs souligné en grande pompe en 2018 par le festival Montréal en lumière, qui mettra l’institut à l’honneur aux côtés d’une dizaine d’écoles prestigieuses telles que l’Institut Bocuse et l’École hôtelière de Lausanne.

Mais comme l’assure Liza Frulla, pas besoin de se ruiner pour bien boire et manger! Il suffit de porter attention à la qualité des produits. «Prenez un bon pain frais, une tomate goûteuse, de la belle laitue croustillante et une mayo maison, dit-elle. Et vous avez là un sandwich gastronomique!»

Qu’il s’agisse d’art ou de gastronomie, l’ex-politicienne est donc animée par le même désir de rendre la culture accessible à tous. Elle souhaite la démocratiser, en finir avec l’élitisme. «Allez vers ce qui vous plaît, lance-t-elle. Le simple fait de s’immerger, de prendre une pause du métro- boulot-dodo, bien souvent, ça fait en sorte qu’on finit par en faire une habitude.»

Cette cruciale démocratisation culturelle passe, à ses yeux, d’abord et avant tout par la proximité. «La culture doit se trouver dans les arrondissements pour que les citoyens l’accaparent, insiste-t-elle. Ça peut être un groupe qui joue dans le parc près de chez soi, on se fait prendre au jeu et on dit à son voisin: “C’est bon, hein?” et lui nous répond: “Ben oui!” Et voilà que se parlent des gens qui ne s’étaient jamais parlé auparavant. C’est tout ça, la culture, et c’est pour tout le monde.»

Liza Frulla rappelle que les créateurs sont les premiers à vouloir inclure les citoyens: «Il ne faut pas se gêner.  Par exemple, les portes ouvertes dans les musées, ça sert à ça. Les artistes sont ravis de vous accueillir. Ce sont des gens passionnés, qui veulent parler de ce qu’ils font. Pour eux, c’est un cadeau que vous soyez là.»

Impossible, à la lumière de cet entretien de ne pas l’inclure dans la catégorie des gens passionnés. «Dès qu’il y a un processus créatif, il y a une étincelle, dit-elle. C’est ça, la culture dans son sens social, c’est l’amour du beau. Et puis sinon, une vie sans culture, ce n’est pas une vie!»

Liza Frulla et Culture Montréal, c’est indéniablement un mariage d’amour.

TEXTE: Marilyse Hamelin

PHOTO: Sylvain Légaré

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