Leonard Cohen, poète au centre-ville

16/02/2018
  • Magazine

Montréalais de naissance et dans l’âme, Leonard Cohen a passé sa jeunesse au centre-ville. Fan de la première heure, au point de prénommer son fils Léonard, notre journaliste a suivi les traces du plus urbain de nos poètes.

Regarde, Leonard, déjà, depuis le grand chalet, du haut du mont Royal, tu es présent, sur une murale colossale inspirée d’une photo prise par ta fille, Lorca. Te demandes-tu, toi aussi, comment les fabuleux muralistes ont fait pour reproduire, si bien et à si grande échelle, ton regard empli de bienveillance?

Mais viens, nous pouvons descendre de la montagne et traverser le campus de l’Université McGill, là où tu as étudié pendant six ans, où tu as rencontré des amis importants comme Irving Layton et Louis Dudek et même fondé le groupe western The Buskin Boys! C’est l’un de tes plus puissants charmes, Leonard: cet amour absolu pour toutes les musiques capables d’exprimer un peu de notre âme, fussent-elles country ou cha-cha-cha.

Veux-tu que nous poursuivions notre route jusqu’à l’angle de Metcalfe et Maisonneuve pour saluer l’emplacement du bien-aimé et défunt Delicatessen Ben’s? Toutes ces nuits que tu y as passées à parler de poésie et de petits riens en dégustant du smoked meat qui embaume jusqu’au matin... À quelques rues à peine de l’ancienne manufacture de vêtements de ton grand-père Lyon, rue Mayor, là même où, jeune homme, tu es tombé amoureux à jamais des complets bien taillés.

Non, tout n’est pas détruit, Leonard, mais tout change un peu: regarde, toujours rue Metcalfe, le restaurant Dunn’s est encore là, depuis 90 ans. Te souviens-tu du Dunn’s Birdland, un bar de jazz, juste à l’étage, au-dessus, aujourd’hui disparu? Là où, pour la première fois, tu as chanté et récité un poème en public, en 1958?

Te rends-tu compte, Leonard? Près de 60 ans plus tard, non loin d’ici, au Centre Bell, ce sont tes chansons qu’interprétaient Sting, k.d. lang, Lana del Rey, Patrick Watson et tant d’autres. Tous réunis par ton fils, Adam, pour le magnifique spectacle commémoratif Tower of Song. Oh, tu aurais dû entendre Damien Rice, Courtney Love, ta chère chorale de la synagogue Shaar Hashomayim et tous ceux venus chanter leur amour pour toi, tes mots, tes mélodies, ton humour, ton sens du sacré et du profane intimement mêlés...

Il est temps d’emprunter la rue Sainte-Catherine et de nous diriger vers l’est, non? Quand nous serons arrivés à University, tu souriras en voyant la Banque de Montréal, mais oui, celle qu’on voit dans Ladies and Gentlemen, Mr. Leonard Cohen, documentaire tourné en 1965! Celle devant laquelle tu passes, vêtu de ton fameux imperméable bleu — enfin, moi, je l’ai toujours vu bleu, même si le film est en noir et blanc...

Ô, pouvoir infini des mots.
C’est avec cette image en tête, toi marchant rue Sainte-Catherine avec bonheur, que nous arrivons au Musée d’art contemporain. Et là, tu ne pourras qu’être comblé en visitant l’exposition qui t’est consacrée: Une brèche en toute chose. Tu ne pourras que sourire d’aise et de surprise devant les 20 oeuvres inédites créées par une quarantaine d’artistes pour célébrer la force de ton imaginaire et de ton influence. Et les spectacles, et les archives, et tant d’autres choses encore, réunies dans six salles du MAC, tu te rends compte…

Plongeons nos regards vers le sud, veux-tu, le long de la coulée de Saint-Urbain, là où, tout au bout, se trouve le Saint-Laurent. Nous tournerons alors la tête vers l’est pour apercevoir au loin le clocher de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, nimbée de soleil comme sous une couche de miel — oui, cette chapelle-là, que tu évoques si parfaitement dans Suzanne.

Maintenant, je t’en prie, Leonard, «prends ma main et emmène-moi au fleuve…»

 

Texte: Marie-Christine Blais

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