Hôtel le Reine Elizabeth: transformations royales

29/09/2017
  • Magazine

Réouverture de l’hôtel Le Reine Elizabeth. Réaménagement grandiose sur une base solide, pour renouer avec son histoire.

Un an après sa fermeture pour rénovations, le mythique hôtel Le Reine Elizabeth a rouvert ses portes en juillet dernier, dans la foulée du 375e anniversaire de la métropole. Chefs d’orchestre de sa métamorphose extrême, les architectes Martin Leblanc et Jean Pelland ont embrassé l’idée de la démesure jusque dans ses moindres détails pour redonner à cette institution montréalaise son lustre d’antan.

Un traditionnel lobby transformé en rue intérieure, de nouveaux espaces de travail plongeant sur le mont Royal, une agora accessible à tous les Montréalais et des services de restauration qui ont désormais pignon sur rue: tout a    été réfléchi pour faciliter les échanges d’affaires, favoriser le plaisir touristique et rattacher l’hôtel à son environnement urbain, sans jamais négliger la notion de luxe. «Nous nous sommes inspirés de l’époque à laquelle l’hôtel a été construit, résume Martin Leblanc. C’était en 1958, avant l’accueil de l’Exposition universelle et des Jeux olympiques. Montréal était internationaliste, ambitieuse, et s’ouvrait sur le monde, la société et les arts.» À son époque, le Queeny avait fière allure; il était le second plus grand hôtel du Commonwealth. C’est dans cet esprit que les créateurs de Sid Lee Architecture ont imaginé un hôtel-galerie, où tableaux, sculptures et œuvres numériques jalonnent les espaces publics. «On voulait qu’un voyageur seul se sente à l’aise de circuler dans l’hôtel, et qu’il puisse découvrir et apprendre à travers notre collection», ajoute Jean Pelland.

Témoin de l’histoire

Durant les premières décennies suivant sa construction au-dessus de la gare par le Canadien National, plusieurs invités d’envergure ont séjourné dans les suites de l’hôtel. Les passages de la reine Élisabeth II, d’Indira Gandhi, de De Gaulle, de Nelson Mandela, de Mikhaïl Gorbatchev et du dalaï-lama ont fait de cet établissement un témoin privilégié de l’histoire. Entre ses murs résonnent encore le discours du premier ministre cubain Fidel Castro, les accords jazz du pianiste Oscar Peterson, et bien sûr le cri du cœur pour la paix de John Lennon et Yoko Ono, lors du célèbre bed-in de la suite 1742, en pleine guerre du Viêt  Nam.

«Au cours des dernières années, l’hôtel avait un peu perdu sa cote en matière de fréquentation de marque, reconnaît Martin Leblanc. Nous avons donc tout mis en œuvre pour que d’autres grands personnages reviennent au Reine Elizabeth.» Ainsi, un ascenseur abandonné a été restauré pour relier directement le lobby à la suite présidenti- elle, où des œuvres de Riopelle et de Jean McEwen dialoguent avec celles d’artistes de la relève montréalaise.

Pour renouer avec la tradition d’affaires de l’hôtel, le tandem Leblanc-Pelland s’est aussi interrogé sur les mœurs transactionnelles contemporaines. «Avant, on menait des affaires dans des salons fermés, soutient Jean Pelland. Maintenant, les gens ont soif d’espaces partagés, alors nous avons décloisonné plusieurs salons.» Le même sort a été réservé à la cuisine, «qui possède l’un des meilleurs services traiteurs de la métropole», précise Martin Leblanc. Voyageurs et curieux peuvent désormais profiter du ballet de la brigade française, et acheter leurs produits au comptoir du nouveau Marché Artisan.

Le Queeny était le vaisseau amiral de l’hôtellerie mon- tréalaise, l’un des premiers hôtels nord-américains à avoir l’air conditionné et des escaliers roulants. «À l’époque, les monte-charges avaient été conçus pour accueillir des éléphants sur le toit!» plaisante Jean Pelland. C’est sur des bases solides, aussi bien physiques qu’historiques, qu’Ivanhoé Cambridge vient de redorer le blason de ce joyau montréalais de la chaîne Fairmont.

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