Entrevue Gabriel Bran Lopez: VISAGE DE LA RELÈVE MONTRÉALAISE

02/12/2016
  • Magazine

Lorsque Gabriel Bran Lopez surgit dans le studio du photographe, on remarque tout de suite son pas alerte, son regard vif. Visage de la relève montréalaise, il se dit très enthousiaste à l’idée de parler de sa vision de l’entrepreneuriat: celle qui mobilise toutes les générations et toutes les classes sociales.

D’origine guatémaltèque, le président de la Jeune Chambre de commerce de Montréal (JCCM) célèbre cette année le30e anniversaire de son arrivée au pays. «Avec une seule valise!» Pour celui qui a grandi dans un HLM à Hochelaga-Maisonneuve, les thèmes de l’immigration et des milieux défavorisés sont au coeur de tous les projets. En 2008,ces mêmes préoccupations conduisent le jeune homme de 25 ans à créer l’organisme de bienfaisance Fusion Jeunesse, qui lutte contre le décrochage scolaire à l’aide de partenariats intergénérationnels.

Aujourd’hui, depuis son siège social situé à la Place Ville Marie, Fusion Jeunesse emploie et mobilise 200 étudiants universitaires qui développent, en collaboration avec les enseignants, des projets en arts, en sciences ou en environne­ment avec 15 000 élèves répartis dans 96 écoles de la province.

Son rêve? Un système d’éducation qui offre une chance égale à tous, dans lequel les jeunes issus de toutes les classes sociales peuvent accéder à ce type d’apprentissage expérientiel et développer ainsi leurs talents et leurs valeurs entrepreneuriales. «L’immigration est un projet qui n’est pas achevé, au Québec. On perd de futurs entrepreneurs, des ingénieurs, des créateurs». Il se considère comme chanceux d’avoir pu voyager et étudier à l’université, et de parler trois langues.

 

Un soutien indispensable

Son leitmotiv pour la relève montréalaise: miser sur l’éducation et l’entrepreneuriat tout en favorisant à tout prix ces échanges intergénérationnels. «Un bon leader s’entoure de gens forts et de tous les âges. Créons des projets avec des baby-boomers!» À ses côtés, il y a en effet des figures fortes, comme Jacques Ménard, président de BMO Groupe financier. «Sans Jacques, je n’aurais pu propulser Fusion Jeunesse de la sorte», assure-t-il. Laurent Beaudoin, président émérite du CA de Bombardier, fait lui aussi figure de mentor. «Plus qu’un mentor, il a bâti avec moi un superbe projet de robotique qui rejoint à lui seul 5000 élèves par année et qui a inspiré d’autres entreprises au Québec à se lancer dans la persévérance scolaire», précise-t-il.

 D’autres initiatives l’inspirent, comme Adopte inc., piloté par les entrepreneurs Nicolas Duvernois, Anne Marcotte et Philippe de Gaspé Beaubien III. Ce concours, qui mise sur une immersion entrepreneuriale unique, vise à offrir du soutien à la relève autant sur le plan financier que stratégique. Gabriel Bran Lopez mentionne également la plateforme d’inspiration Devenirentrepreneur.com, parrainée par la Banque Nationale, Desjardins Entreprises et Caisse de dépôt et placement du Québec, qui propose des conseils, des trousses et des concours pour les jeunes de 5 à 16 ans et pour la relève. «Si on multiplie ce genre de projets, imaginez l’impact que cela pourrait avoir sur Montréal et dans toute la province»!

Son mandat à la JCCM se termine en janvier 2017. Porte-parole de sa génération, qu’il juge «belle, décomplexée et réellement désireuse de faire bouger les choses», il a été invité à siéger au Conseil des gouverneurs, créé dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal. Dans ce contexte, la JCCM va faire un legs. En collaboration avec le Conseil, l’objectif sera de financer des projets portés par de jeunes entrepreneurs qui n’ont pas encore accès à du capital, et qui ont besoin d’un coup de pouce de départ. «Les 4000 $ de démarrage qu’on m’a offerts à 25 ans pour tester mon projet d’entreprise sociale se sont transformés, en huit ans, en investissement de 15 millions», souligne-t-il.

Quand on lui demande s’il envisage de faire un saut en politique, il répond qu’il veut consolider ses acquis. Pour le moment. Siégeant déjà aux conseils d’administration de Québec Cinéma et de l’Université Concordia, il veut rester présent pour Fusion Jeunesse, qui ouvre un second bureau à Toronto, et suivre la préparation de la 6e édition du Festival de robotique, dont il est le cofondateur.

Il souhaite surtout participer aux efforts communs pour faire de Montréal une ville encore plus solidaire et rayonnante. «Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir et les idées des jeunes, conclut Gabriel Bran Lopez. Et il faut travailler fort pour que les citoyens et citoyennes des prochaines générations n’aient aucun doute sur leurs possibilités et leurs capacités à devenir de bons entrepreneurs!» 

 

Texte: Mélina Schoenborn/ Photo: Jocelyn Michel

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