Entrevue d'Alexandre Taillefer - Voir la vie en vert

18/10/2016
  • Magazine

Alexandre Taillefer est amoureux fou de sa ville. Il est persuadé que la métropole a le vent dans les voiles et connaîtra, menée par un entrepreneuriat plus social, une croissance phénoménale. Cet optimisme, il souhaite le partager avec tous ceux qui ont Montréal tatoué sur le coeur. 

Alexandre Taillefer n’a pas l’habitude d’être embarrassé. Pourtant, il n’a que peu de mots pour réagir au fait que Montréal centre_ville ait choisi de lui remettre son prix hommage. «Je suis fier, mais je suis un peu gêné, dit-il simplement, assis dans son bureau aux murs recouverts d’oeuvres d’art contemporain, situé à quelques pas du Quartier des spectacles. «Ça démontre que l’on s’attend à ce que les gens d’affaires s’impliquent pour faire une différence», ajoute l’entrepreneur de 44 ans.

Il aurait bien aimé partager ce prix avec d’autres, ceux qui «travaillent comme des fous pour leur ville. Il y a au moins une vingtaine de noms qui me viennent en tête», glisse-t-il, avant de nommer les philanthropes Stephen et Claudine Bronfman, les entrepreneurs Mitch Garber et LP Maurice, la fondatrice du Centre canadien d’architecture, Phyllis Lambert (gagnante du prix Hommage MCV en 2011) et l’entrepreneur social Fabrice Vil.

Reste que le prix est largement mérité, puisque lors de la dernière année, Alexandre Taillefer a été sous les projecteurs, même après avoir quitté son fauteuil de l’émission Dans l’oeil du dragon. Son service de taxis électriques Téo a été lancé en grande pompe et l’observatoire Au Sommet Place Ville Marie, dont il est un des partenaires, a récemment ouvert ses portes – et ses fenêtres.

Provocateur, l’homme d’affaires s’est attaqué à l’industrie du taxi. Dans sa campagne de lobbyisme – un mot qui ne lui fait aucunement peur –, il est parvenu à faire adopter 17 changements réglementaires. Il parle d’une «révolution», rien de moins, pour décrire ce qui attend le monde du taxi montréalais et québécois dans les deux prochaines années. «L’ère où le marché était le seul maître est révolue, explique- t-il. Pour accueillir de nouvelles formes d’économie, comme l’économie de partage, il faut être prêt à changer des règles.» Lobbyiste, certes, mais pas encore politicien: «Il n’y a pas que la politique pour pouvoir changer de façon importante la vie autour de soi, pense-t-il. L’agilité des gens d’affaires est très efficace et permet de faire bouger les choses, peut-être encore plus qu’en politique.»

Il est clair que l’entrepreneur est loin d’en avoir terminé avec Téo (acronyme de Transport écologique optimisé): de 65 voitures, il prévoit de passer à une flotte de 1000 véhicules. Après le taxi, l’entreprise veut ajouter à son offre le taxi-bus, du camionnage, de la livraison et des véhicules en libre-service. Le tout dans le but d’exporter le modèle dans d’autres villes et de faire rayonner Montréal.

Méditer dans le taxi

L’homme d’affaires fait du millage sur la banquette arrière de ses taxis… «Ce matin, j’ai fait ma méditation dans le taxi. C’est important de méditer, mais c’est bien difficile de le faire au volant, blague M. Taillefer. Dans un taxi, on voit la vie autrement, on a beaucoup plus de liberté.» En plus de Téo, sa branche Taxelco a acquis Taxi Hochelaga et Taxi Diamond, portant désormais à 1720 le nombre de ses véhicules, soit plus de 40 % du marché à Montréal. À entendre son discours, l’entrepreneur est l’un des lobbyistes anti-voiture les plus convaincus de la province. Pour celui qui rêve d’un pont piétonnier entre le Vieux-Port et l’île Sainte-Hélène, l’automobile est en effet le «plus important facteur d’appauvrissement individuel et collectif». Il vante ses taxis, bien sûr, mais aussi le Bixi et le transport en commun, et il est convaincu que dans 10 ans le nombre de voitures par ménage aura notablement diminué à Montréal.

Attentif au centre-ville

Depuis le Sommet Place Ville Marie, M. Taillefer a pu mesurer l’ampleur de l’étendue de sa ville. Pour contrer l’étalement urbain, il souhaite qu’on se réapproprie le centre-ville, qui n’est pas qu’une «zone de 9 à 5». Il sera d’ailleurs très attentif au réaménagement de la rue Sainte-Catherine (qui doit commencer dès le printemps 2017). «Il ne faudra pas le faire à l’encontre des petits commerçants, insiste-t-il. Montréal, ce n’est pas Zara, Winners ou H&M. Montréal, c’est le petit café, le restaurant du coin, la petite boutique.» Mais Alexandre Taillefer demeure ultra-optimiste: «Dans les 25 prochaines années, il y aura une croissance phénoménale de l’activité économique et culturelle, prédit-il. Et de la joie de vivre, aussi. Montréal a trop longtemps été le secret le mieux gardé de la planète. Ce n’est plus le cas.»

 

Texte: Vincent Fortier 

Photo: Jocelyn Michel

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