Debbie Zakaib, porte-voix d'une industrie

15/11/2017
  • Magazine

Debbie Zakaib est investie d’une mission: redonner ses lettres de noblesse à Montréal en tant que métropole de la mode. Entretien avec l’ambassadrice d’une industrie en pleine ébullition.

Plusieurs pensées vous assaillent lorsque vous préparez une entrevue avec la numéro un de la mode au Québec, mais la première est: «Qu’est-ce que je vais bien porter?» Après avoir essayé à peu près tout le contenu de sa garde-robe en grimaçant et en soupirant, l’auteure de ces lignes s’est rabattue sur une simple petite robe noire, en espérant que sa tenue passe le plus inaperçue possible.

Avec le recul, on peut se détendre et rire (un peu) de soi, puisque la vision de la directrice générale de la Grappe métropolitaine de la mode mmode est on ne peut plus démocratique.

L’authenticité d’abord

Dès son entrée en poste en janvier 2016, Debbie Zakaib réfléchit sur ce qui définit Montréal en tant que métropole québécoise de la mode. Son équipe et elle lancent un chantier «image» afin de lui développer une signature singulière.

Au fil des groupes de discussion menés auprès des citoyens, des termes ressortent: authenticité, joie de vivre, fête. «Il n’y a pas un style montréalais. Tout le monde a le sien et cette liberté dans l’expression de soi fait notre force, explique-t-elle. Les Montréalais sont très créatifs, se nourrissent des  manifestations artistiques, des festivals et de la diversité culturelle.»

Ce n’est pas d’hier que Debbie Zakaib s’intéresse à la question, elle qui a fait son mémoire de maîtrise sur la notoriété des créateurs de mode québécois. Elle a ensuite travaillé pour des multinationales du cosmétique, tout en organisant des collectes de fonds pour la fondation du Musée d’art contemporain de Montréal. Par ailleurs, certains la connaissent pour son travail de chroniqueuse à la télévision de Radio-Canada ou encore pour son blogue sur le site du magazine Clin d’œil.

La directrice de mmode raffole de tout ce qui touche à la créativité: l’art contemporain, l’architecture, la gastronomie, le design et, évidemment, la mode. Elle est aussi la conjointe d’un autre passionné de Montréal, l’homme d’affaires Alexandre Taillefer.

La grappe, qu’elle dirige depuis bientôt deux ans, englobe tous les secteurs de l’industrie de la mode —le vêtement, la chaussure, la fourrure, le denim, le textile, etc. — et inclut tant les petits créateurs que les multinationales comme Aldo ou La Vie en Rose. «Tout l’écosystème du secteur de la mode y est réuni: les manufacturiers, les détaillants, les grossistes, le gouvernement, les agences, les associations sectorielles, les producteurs, les organisateurs d’événements, énumère-t-elle. Le but est de faire travailler les gens ensemble et de trouver des solutions aux enjeux de l’industrie.»

Et ça semble porter ses fruits. «Après les réunions, les gens ne quittent pas: ils n’en finissent plus de parler et d’échanger des cartes de visite», illustre-t-elle.

Beaucoup de défis

Il n’en demeure pas moins que l’image de Montréal comme métropole de la mode a souffert. Les médias ont contribué à l’impression d’une industrie essoufflée, vaincue par les annonces de fermeture de joueurs de renom. Comment la directrice compte-t-elle combattre l’idée que le secteur est moribond?

«Les entreprises qui ont fermé n’ont pas réussi à prendre le virage numérique ou ne disposaient pas d’une relève, explique-t-elle. Par contre, celles qui sont passées au travers sont fortes et internationalement développées. Pendant que les projecteurs sont braqués sur les nouvelles négatives, il y a des tonnes de belles histoires dont on ne parle pas. C’est notre rôle de les propager.»

La directrice définit quatre champs d’action prioritaires pour la prochaine décennie: la formation et la rétention de la main d’œuvre, l’image et le rayonnement de l’industrie, l’exportation (principalement aux États-Unis) et l’innovation. À ce chapitre, elle estime qu’il est impératif de profiter du bassin de talent dans nos institutions d’enseignement. Et elle plaide pour l’intégration du numérique à toutes les étapes de production, «tant du côté de la machinerie que de la gestion des stocks, du transport, des coûts et de la mise en marché, incluant la gestion des envois, des frais de douane et des retours des marchandises».

Selon le Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CEFRIO), seulement 14 % des entreprises québécoises en mode ont un site transactionnel. «Ça ne fait pas si longtemps que ça existe, tout comme les réseaux sociaux», rappelle Debbie Zakaib.

Le bon côté des choses

Le numérique et les réseaux sociaux rapprochent les entreprises du consommateur et ouvrent des portes partout sur la planète, selon la directrice. «La gestion, la cueillette et l’analyse de données font naître de nouvelles tendances, comme le sur-mesure, indique-t-elle. Il y a tout un bassin d’entreprises qui arrivent avec de nouveaux modèles d’affaires, de nouvelles façons de communiquer et d’offrir des produits.»

Elle cite en exemple la vente au détail, en train de se réinventer avec les miroirs magiques de réalité virtuelle. «Tout ça se passe au Québec, en ce moment même, dit-elle. Il faut s’assurer d’accompagner les entreprises pour les aider à développer leur plein potentiel et leur pleine expertise. Et il faut que la relève ait le goût de rester chez nous.»

À l’image de son ambassadrice, l’industrie québécoise de la mode est résiliente. Elle n’a pas dit son dernier mot.

 

Texte: Marilyse Hamelin

Photo: Jocelyn Michel, Consulat

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