Comment se porte l'industrie de la mode à Montréal?

21/11/2017
  • Magazine

Quelques chiffres et état des lieux d’un secteur solide toujours à mobiliser.

En 2013, une douzaine de chefs d’entreprises de mode du Québec cosignaient un impressionnant diagnostic de l’industrie, le Rapport du groupe de travail Mode & Vêtement. Le but: accroître la compétitivité et dégager une série d’actions concrètes pour que le milieu survive à l’un des plus durs coups de son histoire, soit le retrait complet en 2005 des contingences à l’importation de textiles, qui avait été décrété par l’Organisation mondiale du commerce.

L’un des coprésidents du rapport, Elliot Lifson, vice-président des Vêtements Peerless, estime que ce rapport reflète encore aujourd’hui un portrait réaliste du milieu de la mode québécois et montréalais.

 

Une concentration à Montréal

Historiquement orienté vers la production, le Québec a perdu beaucoup d’emplois dans ce secteur au profit de la Chine, devenue la principale source mondiale de donneurs d’ordre. Mais le Québec a su rester le principal acteur provincial sur le marché canadien de la mode, avec des ventes manufacturières annuelles de 8 milliards de dollars, sans compter le commerce de détail. Il reste aussi le principal exportateur, même si ses parts de marché ont fondu d’environ 75 %.

La moitié des emplois canadiens de la mode sont toujours au Québec, et 70 % de cette activité provinciale se concentre à Montréal, faisant de la métropole le troisième pourvoyeur d’emplois d’Amérique du Nord, après Los Angeles et New York, en fabrication de vêtements. Ainsi, environ 21 000 des quelque 30 000 emplois provinciaux de la mode en fabrication et conception se trouvent à Montréal, première ville canadienne du vêtement devant Toronto et Vancouver. Si on compte le commerce de détail, il s’agit de 82 000 emplois (2016).

 

Se tourner vers de nouveaux modèles

Les bouleversements des années 2000 ont fait réagir l’industrie québécoise. Elle s’est mobilisée pour se tourner vers de nouveaux modèles d’affaires et maintenir sa compétitivité.

Elle a, par exemple, délocalisé partiellement ou totalement sa production pour se recentrer sur la création, le développement de produits, la logistique et la distribution. Plusieurs fabricants sont aujourd’hui des grossistes-distributeurs — or ce sous-secteur a continué de croître quand cela allait mal pour les autres.

De grands noms d’ici, comme Sport Gildan, Aldo et Peerless ont misé sur l’international pour grossir et réaliser d’importantes économies d’échelle. Plusieurs détaillants ont embauché de grandes équipes de design pour développer et vendre leurs propres collections exclusives, ainsi que l’a fait La Vie en Rose. Rudsak, de son côté, illustre la volonté des fabricants de posséder leurs propres réseaux de boutiques. D’autres ont développé des niches axées sur le design ou l’innovation, comme la Maison Marie Saint Pierre ou Harricana.

«L’arrivée de la Grappe mode en 2015 a rassemblé les acteurs autour d’objectifs communs et d’actions concertées afin d’optimiser la croissance de l’industrie et d’accroître sa compétitivité à l’international, explique Debbie Zakaib, directrice générale de ModeMontréal. Nous avons maintenant un sentiment de mobilisation dans l’industrie.»

Bonne nouvelle: la fabrication locale est toujours dynamique. Il reste une base manufacturière solide, avec 1850 établissements et la moitié des emplois du secteur. Aux yeux des experts, cela constitue un avantage concurrentiel indéniable pour la flexibilité et la production de petits lots.

 

Texte: Guy Sabourin

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